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Le combat de l'Artiste

photo-facebook-Moussa_Youssouf
Depuis son arrivé en France en 2005, beaucoup d’entres vous se demandent  ce qu’est devenu l’enfant du pays, l’emblème du Twarab, Le Roi du Twarab Comorien, Moussa Youssouf. Pour vous, nous sommes allés à sa rencontre et vous livrons ses projets…

LE COMBAT DE L’ARTISTE

Depuis combien de temps et pour qu’elle raison vous êtes vous lancé dans le Twarab?
En fait, c’est héréditaire car mes parents eux même sont des chanteurs. Depuis tout petit je chantais des "kassudas" chants religieux à l’école coranique. Et c’est à l’occasion de divers concours dans lesquels j’étais primé que mon entourage et moi avons remarqué  le don de voix que je possède, un don que m’ont légué mes parents. Mais  c’est à l’âge de 14 ans que je me suis réellement et concrètement engagé dans la musique populaire du pays, le Twarab.

Qu’est ce qui vous a alors motivé à y rester jusqu’à nos jours
Adolescent, j’ai rapidement pris conscience que cette musique fait parti de notre patrimoine culturel et qu’elle est fondamentale  pour notre pays.
C’est alors  que depuis, j’ai dévoué toute ma vie à cette culture,  j’en ai fait le combat de ma vie. Mon but étant d’essayer de faire de mon mieux pour le faire connaître et le faire briller dans le monde entier,  ce Twarab que j’aime,  en même temps que mon pays. Car si le Twarab comorien est connu, c’est aussi mon pays qui est reconnu !


"J’ai dévoué toute ma vie à cette culture,  j’en ai fait le combat de ma vie"


Donc depuis plus de vingt ans vous êtes resté que dans le Twarab ?
Effectivement ! Car c’est une musique que j’aime, qui m’anime, qui me fait vivre, qui est ma raison d’être et à laquelle je suis toujours resté fidèle.  C’est aussi  un peu mon deuxième "moi".
C’est un trésor inestimable auquel je me dois toujours de valoriser. Car j’ai toujours cru en notre Twarab, j’y crois toujours et j’y croirais toujours. C’est la musique la plus populaire et la plus importante pour moi. D’ailleurs, on constate de nos jours que certains artistes qui étaient engagés dans d’autres styles de musiques pendant plusieurs années, rentrent maintenant dans le "marché" du Twarab. C’est encourageant car cela prouve que j’ai eu raison de toujours me battre pour pérenniser cette musique  et que maintenant à plusieurs, nous réussirons mieux car "fuwu dzima kali fusu nda".

Dans la 362ème édition du journal Albalad publié le 14 octobre 2010, on disait que « aujourd’hui, le Twarab a perdu son ampleur d’antan. Il est même menacé de disparition. L’émigration des chanteurs et musiciens  Moussa Youssouf, Farid Said, Sozé, Farid Youssouf en France ne fait qu’encourager cette situation. » Que répondez vous à cela ?
Je ne vais pas parler à la place de mes collègues car j’espère qu’ils auront un jour l’occasion de donner leur point de vue. Et Je ne vais pas non plus relever ce qui s’est dit dans ce journal, mais je vais donner mes pensées pour ne pas que les gens se trompent. C’est un grand débat qui mériterait d’être mené en profondeur. Mais ce que je peux dire moi, c’est qu’avant de juger et de parler trop vite, il faut se poser les vraies questions. Par exemple : "Pourquoi les artistes fuient, veulent fuir et continuent à fuir du pays ?"

moussa ancienC’est attristant ce que nous avons vécu. En effet, pendant plusieurs années, les artistes ont été exploités par leurs propres compatriotes. Des compatriotes qui ont les compétences requises, des relations importantes et un carnet d’adresse bien garni pour pouvoir aider les artistes à faire évoluer leur musique, leur carrière et ainsi pouvoir les produire à l’international proprement dit afin de faire connaître leur patrimoine culturel. Mais hélas! Ils ne voyaient pas plus loin que leurs propres intérêts. Pour eux les artistes sont des vaches à lait. C’est donc dans un désespoir et une désolation sans précédent que beaucoup ont préféré quitter ces abus et essayer à l’étranger de faire évoluer leur carrière et leur avenir  autrement, dignement, en récoltant le fruit de leur propre travail.
Il ne faut donc plus s’étonner quand nous voyons les jeunes artistes d’aujourd’hui tenir le même discours. Ce que nous avons vécu, pour beaucoup d’entre eux, ils le vivent à leur tour.  Si nous récoltions les fruits que nous avons semé, on serait plus motivé de rester au pays et continuer à développer notre passion, à vivre de notre musique.

Notez que parmi ceux qui sont resté, c’est parce qu’ils ont construis leur avenir pendant des années durant grâce au travail et à l’exploitation des artistes. Alors que ce sont les artistes qui créent, qui réfléchissent, qui sacrifient, qui se dévouent pour leur  passion, leur travail. C’est un comportement illogique ! "wandrou ngwandzawo yemarounda no yenge mirunda" "Esha yehantsi  wowasaya, isho  nde sharitowa"

Même chez nous, dans l’océan indien le Twarab n’est pas connu. Alors que nous sommes les seules à avoir cette musique dans cette zone.
Comment expliquez-vous que beaucoup de pays sous développés, pendant des années durant ont su exportés et exportent toujours leur musique à l’international ? On peut aussi se poser la question suivante : Quel est donc le rôle des responsables de notre pays dans le domaine culturel? "Si si Henimdrou gou tso dji piha he mafourahahé"

Pour finir,  je ne pense pas être parmi ceux qui contribuent à faire disparaître notre Twarab. Avec tous les combats que je mène et les projets que je réalise au fur et à mesure. Là bas ou ici, je continue à faire de mon mieux pour faire évoluer le Twarab et je reste toujours proche de mes fans, de mon public. Je suis attentif à leurs sollicitations même si je ne suis pas aux Comores. Sachez que "wu raraya tsiwupvendza tsimdru ngudjinam’mo"

D’ailleurs, nous avons  crée des outils pour vous permettre de suivre mes combats, mes projets. Je sais que beaucoup d’entre vous avez hâte de me revoir aux Comores, mais je vous dirais tout simplement qu’il faut patienter car "heni drongowo ngizona  wowakati wahazo". Je pense toujours à vous et à mon pays. Je prie de pouvoir continuer à vous faire plaisir, à créer, à innover le Twarab et comme dit le dicton : "kayiri wuwona  raha na hwambiwa" cliquez ici.


Que faites vous concrètement pour le Twarab et pour le pays ?
Il faut savoir qu’un pays sans son patrimoine, sans son histoire, sans sa culture, n’est pas un pays. J’ai pris ma part de responsabilité pour pérenniser aussi longtemps que je pourrai, notre Twarab des Comores. Mais en plus, j’ai aussi envie de faire découvrir l’Océan Indien au reste du monde. Donc concrètement,
avec l’aide d’autres compétences, nous avons mené les actions suivantes :

2006 : fondé l’Association Moussa Youssouf de L’Océan Indien (L’AMY de L’Océan Indien)
2007 : mis en place de mon site internet : www.moussayoussouf.com
2007 : crée le premier festival de Twarab comorien, intitulé : Festival du Grand Twarab’Gala
2008 : monté le premier orchestre Comoro-oriental pour un Twarab plus acoustique plus professionnel
2009 : mis en place le site : www.lamydeloceanindien.com pour promouvoir les îles de l’océan indien
2010 : crée un festival pour l’océan indien : « Exotic' Beauty Festival – La Mode de l’Océan Indien »
2011 : création du trophées des Arts et des Talents comoriens
Cette année, nous fêterons déjà la 4ème édition du Festival du Grand Twarab’Gala à Marseille le 7 et le 8 mai.

numriser0002Comment vous est il venu à l’idée de former votre orchestre Comoro-oriental ?
Pour valoriser et sublimer notre musique du Twarab, et redonner une image à peu près fidèle à celle d’antan, il était important pour moi de mettre en place un orchestre avec des musiciens professionnels jouant d’instruments acoustiques utilisés à l’époque dans les Twarabs (oud, violon , msodro, accordéon et autres…). Cette idée me hantais depuis 1997, et j’avais hâte de le concrétiser.
J’ai donc mis en place ma nouvelle formation composée de musiciens comoriens et orientaux qui se nomme : l’orchestre Comoro-Oriental. Car il était important pour moi de donner à cette musique toute sa splendeur, sa force, son authenticité.

Et si vous remarquez bien, dans chaque album que je sors, vous voyez apparaître l’instrument Oud. Une façon pour moi de rappeler la source du Twarab et de rester focaliser sur ce rêve de monter un jour une formation avec ces instruments acoustiques de l’époque.

Voilà pourquoi aujourd’hui je joue avec un orchestre diversifié, maîtrisant cette musique afin de remémorer aux mélomanes les souvenirs, les sonorités et l’environnement du Twarab de jadis.  De plus, les enfants comoriens qui n’ont pas connu cette époque, c’est là l’occasion pour eux de découvrir leur histoire.

Votre orchestre a suscité des critiques
Comme dans tous les projets, il y a ceux qui adhèrent et ceux qui n’adhèrent pas. Il  ne faut pas en vouloir les gens, c’est leur position et je le respecte. Seulement il ne faut pas s’étonner et surtout ne pas oublier l’origine même de notre Twarab. Car nous savons d’après l’histoire, que c’est un héritage qui nous vient de Zanzibar, qui lui venait à la base des pays de l’orient ! Donc je n’ai rien invité, je ne fait que revaloriser notre Twarab. Un combat certes pas facile mais qui me tient à cœur car le Twarab c’est toute ma vie. Mais "hari wudombwa ndziya, kazi shashiza ndziya".
Et le Twarab lui-même a ses propres critères qui font de lui "Le Twarab". Et je me dois de le respecter.

Quand on parle de Twarab, la référence c’est Moussa Youssouf, et quand on parle de Moussa Youssouf, on pense Twarab ? Comment expliquez-vous cela ?
Je dirai avec modestie que c’est valorisant d’entendre ce discours car ça prouve une reconnaissance de la part de mes fans, de mon public auquel je ne remercierais jamais assez.
Il faut reconnaître aussi que j’ai beaucoup joué dans plusieurs villages aux Comores et notamment avec l’orchestre Belle Lumière, dans les Iles de L’Océan Indien et maintenant dans différentes villes en France. Et beaucoup de personnes ont grandit avec mes chansons. Ils les connaissent et les fredonnent tous le temps. Pour certains depuis leur plus jeune âge et d’autres qui m’ont découvert lors de ces tournées. C’est aussi dû  à l’amour intense que je porte à mon pays, à l’amour que j’ai du Twarab comorien et surtout à l’envie de faire évoluer les choses.

Quel sont les objectifs de  L’Association Moussa Youssouf de L’Océan Indien, (L’AMY de L’Océan Indien) que vous avez crée?
Il est important que nous les talents de La Réunion, des Comores, de Mayotte, de Madagascar, de Maurice, de Seychelles et de Rodrigues soyons tous unis pour promouvoir le patrimoine culturel de nos îles car "mhono mdzima ka wureme kotsi". Beaucoup de projets sont menés dans ce sens et je vous invite à trouver plus de détails sur l’histoire de L’AMY cliquez ici.

moussa youssouf et oudQue conseilleriez-vous à vos collègues artistes?
Je ne suis pas là pour donner des conseils mais ce que je peux dire, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a des artistes, des associations et d’autres personnes qui mènent aussi des combats en faveur de la culture. Mais pour le Twarab il n’y en a pas des masses. J’invite les artistes du Twarab, les jeunes arrivant qui prennent la relève et d’autres anciens artistes qui rentrent maintenant dans le Twarab, d’utiliser les outils de communications actuels, tels que les réseaux sociaux mais surtout de créer leur propre site internet pour mieux diffuser et informer sur la promotion du Twarab. Multiplier les sites pour diversifier les infos et plus communiquer. Cela nous permettra de montrer ce que nous faisons et le public peut mieux suivre nos combats et mieux nous aider. Ainsi, nous laissons un « taréhi » de ce que nous faisons, pour la relève, pour la nouvelle génération.

Un dernier mot ?
Juste remercier toute l’équipe de mon association L’AMY de L’Océan Indien, mon public, mes fans, pour leur soutien, leur générosité, l’amour qu’ils me portent, leur fidélité et leur confiance. Je vous remercie également de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.

Propos recueilli par Bakri A.